HISTOIRE DU SHOTOKAN

LE JAPON

La contribution de Funakoshi, fondateur du karaté moderne.

Fils unique de Tominokashi Gisu,  il est né prématuré en 1869 dans les premières années de la période de restauration Meiji, au sein d'une famille peu aisée, de la classe des Shizoku. Il faut ici souligner que c'est en 1868, à partir de la fin du Shogunat, que le statut de samouraï changea radicalement. Le terme samouraï  fut remplacé par celui de Shizoku, et il leur fut interdit en 1876 de porter le sabre. Ses parents vivaient dans le district de Yamakawa-Chô, en la capitale royale d'Okinawa, Shuri.  Son père Gisu, un fonctionnaire, contrairement à lui, était un grand et bel homme. Il était expert en Bō-jutsu, un chanteur et danseur accompli, mais buvait beaucoup trop. Il avait dilapidé toute la fortune de son propre père, Gifuku. Persuadés que aa vie du petit Gichin serait courte, ils l'ont confié à ses grands parents paternels peu de temps après sa naissance. Son grand père, qui est un érudit, aura une grande influence sur Funakoshi.

Comme beaucoup d'enfants de son âge, il pratiquait le tegumi, une sorte de lutte sans coups frappés, où la règle est d'arriver à se dégager de la prise de plusieurs autres enfants qui vous immobilisent au sol. Il était un garçon peu robuste, et pas très doué pour ce jeu, un peu à cause de sa faible constitution. Il a alors entendu parler du Shuri-te, par son maître d' école, le fils de Azato Yasutsune. Il a alors demandé à son grand père la permission d'apprendre cet art martial. Ce dernier a consenti, car il pensait que cela serait bénéfique pour sa santé. À l'âge de 15 ans il débute donc la pratique du Shuri-te sous la tutelle de maître Azato, un des plus grands experts d'Okinawa dont il sera l'unique élève connu avec Osokun Chogo qui ne laissera pas de filiation. La maison d'Azato était assez éloignée de celles de ses grands-parents chez lesquels il vivait toujours, mais cette promenade nocturne avec sa petite lanterne lui pesait de mois en moins. Après quelques années de pratique. il remarqua que sa santé s'était grandement améliorée, et c'est à cette période de ma vie qu' il décida de considérer cette pratique comme un art de vivre. À cette époque la pratique se fait la nuit dehors, loin des regards. Son apprentissage se déroule d'une façon traditionnelle pour l'époque. Il s'agissait de se concentrer sur un seul exercice et de passer au suivant uniquement lorsque le pratiquant était capable de le réaliser parfaitement. L'apprentissage d'un kata pouvait ainsi durer plusieurs années.

Par la suite il a étudié sous la surveillance de Maître Itosu, un ami de maître Azato. C'est en grande partie grâce à lui que nous est parvenue la tradition du Shuri-te, l'école de Matsumura. La pédagogie développée par Maître Itosu était largement inspirée des méthodes de formation de l'armée japonaise elle-même axée sur la formation de masse, en groupe, une révolution dans l'enseignement des arts martiaux à Okinawa. L'influence de ces changements le marqueront profondément. Itosu mourra en 1915, et aura formé les plus grands maîtres qui lui succèderont à Okinawa: Funakoshi,Yabu, Hanashiro,  Kiyabu, Toyama, Kyan, Shiroma, Tokuda et Mabuni. C'est vraiment avec Maître Itosu qu' a commencé l'aire de modernisation du karate-dō.

Après plusieurs année, il décide de suivre des cours pour devenir médecin. Mais, il falsifie sa date de naissance sur ses papiers, car il faut être né au moins en 1870 pour pouvoir suivre les cours; d'où une certaine confusion sur ma date de naissance . Ceci est courant à cette période, mais ceci n'est pas suffisant, car il sera refusé à cause de sa coiffure qu'il ne veut pas changer. À cette époque, deux clans s'opposaient politiquement, le Ganko-tô et le Kaika-tô. Sa famille, attachée depuis plusieurs générations à la petite noblesse d'Okinawa soutenait le Ganko-tô,  le parti des non réformistes. Ce parti refusait en effet la disparition du chignon, coiffure masculine ancienne, qui symbolisait l'appartenance à son rang (signe d'un statut familial et de respect envers les ancêtres). En cette période de grand changement au Japon, on exigeait des élèves de se couper le chignon, coiffure masculine ancienne, symbole de maturité. L'école de médecine n'acceptait pas les élèves gardant le chignon , une offense qu' il je ne pouvait accepter. Cela mit fin aux ambitions de sa famille qui souhaitait voir en son fils un futur médecin.

Il entreprendra alors des études littéraires, pour ensuite réussir le concours de l'école normale pour devenir maître d'école. Pour cela, il a du se couper les cheveux. Ses parents respectueux de la tradition, n'ont pas du tout approuvé. Malgré tout, il débutera à l'âge de 21 ans comme assistant dans une école primaire, métier qu' il j' exercera pendant plus de 30 ans sur son île natale,  tout en continuant de pratiquer ce qu'il nommera plus tard le karate-dō . La vie est difficile car son salaire n'est pas élevé, et il a sa famille à sa charge, parents, beaux-parents, sa femme, leurs trois garçons et leur fille.

C'est en 1902 qu' il fera une démonstration aux hauts dignitaires de la province de Kagoshima. En 1906, il organise et participe à la première démonstration publique d’Okinawa-te à laquelle assistent les autorités japonaises ainsi que des officiers de la marine impériale qui sont fort impressionnés par cette prestation. Il entretiendra, suite à cette démonstration, d’excellentes relations avec les Japonais, et il se fera d’ailleurs toujours officiellement photographier en costume traditionnel nippon. Ce qui lui valaient les critiques de plusieurs maîtres qui jugeaient cette attitude avec mépris.

Puis en 1912, le Shōbu Kai d'Okinawa l'a délégué pour effectuer une démonstration devant la marine Japonaise, ce qui lui vaudra d'être remarqué par l'amiral de la flotte impériale en personne. Il est allé au Japon pour la première fois en 1917 pour faire une démonstration au Butokuden près du sanctuaire Heian de Kyoto. Il yretournera cinq ans plus tard pour une deuxième démonstration devant le ministre de l'Éducation nationale japonaise.

Le 6 mars 1921, le prince héritier Hiro-Hito, lors d'un voyage vers l' Europe fait escale à Okinawa. Funakoshi en a profité pour organiser une démonstration de Shuri-te dans le grand hall du Château de Shuri. Le prince fut très impressionné par cette démonstration. Il faut dire qu'à partir de cette époque-là, époque de renaissance de l'impérialisme au Japon et du développement du militarisme du Pays, les dirigeants nippons virent dans cet art martial un excellent moyen pour fortifier l'élite japonaise.

Pour l'occasion ils ont porté un bandeau, un t-shirt blanc et le pantalon traditionnel. On peut voir sur la photo que Funakoshi portait une veste blanche du même style que l'uniforme du Ju-dō. Il était accompagné pour cet événement de  Miyagi Chojun, le fondateur du Gōju-ryū et de Shinko Matayoshi, un expert Okinawaien de Shuri -Te et de Kobudu,le maniement des armes;Bo, Sai, Kama , Eiku. Ce dernier l 'accompagnait aussi à Kyoto en 1916.

La séduction de l'Empire du soleil levant

Suite à la visite de Hiro-Hito, l'année 1922 et sa deuxième visite au Japon fut un tournant décisif. En mai 1922, le Ministère de l'Éducation finança la première exhibition annuelle de sports athlétiques. Il n'était certes pas alors le seul expert d'Okinawa-Te capable de convaincre techniquement. Président de la « Okinawa Shobu Kaï », association pour la promotion des arts martiaux d'Okinawa, Funakoshi avait été choisi par ses pairs, comme étant celui qui aurait les meilleures chances pour introduire cet art martial à l'intérieur même du Japon. Fin lettré, homme de culture, humaniste dans l'âme, au comportement distingué japonaise, il a su présenter au Japon et à sa capitale,Tokyo, cet art issu des moeurs ancestrales de sa patrie. C'est un vrai succès, le public acclame sa représentation qui n'est rien d'autre qu'un kata, mais exécuté avec beaucoup de puissance, de conviction et d'énergie. Cependant, cette réussite fut par la suite l'objet de nombreuses critiques, notamment de la part des anciens d' Okinawa, refusant de livrer aux japonais l' essence de leur art, ou d'autres experts venus après lui pour développer des styles concurrents du Shotokan.

Au cours de la démonstration, Jigorō Kanō, le grand Maître de Ju-dō lui fit remettre un message l'invitant à venir lui montrer le karate. La fameuse démonstration au Kōdōkan eu lieu trois jours plus tard, où un jeune étudiant, originaire lui aussi d'Okinawa et déjà adepte du karaté nommé Shinkin Gimma, accepta de lui servir de partenaire. À leur grande surprise, ils ont fait ensemble une démonstration de kata et de kumite devant cent judokas. Gimma a effectué Nahianchi Shodan, et Funakoshi Kushanku. Maître Gimma obtiendra le tout premier diplôme de shodan (ceinture noire 1er dan) émis par funakoshi. Maître Gimma restera d'ailleurs une sorte de mémoire du karate jusqu'à sa mort à l'âge de 92 ans.

Peu après, Maître Jigorō Kanō qui occupe des fonctions très importantes au sein du Ministère de l'Éducation, le priera de rester au Japon pour y faire connaître le karate. Funakoshi accepte et, à 53 ans laisse sa femme, ses quatre enfants et son travail à Okinawa pour diffuser avec passion le karate au Japon.

En l'an 1922, sa première école de karaté ouvre ses portes à Tokyo. C'est à cette époque également que le nom de Okinawa-Te fut changé en celui de karate afin de rompre la tradition chinoise face aux japonais. Les premières années de diffusion seront particulièrement ardues il vivait dans une grande pauvreté. Le karate est complètement inconnu au Japon et peu de personnes s'y intéressent. Au début, Funakoshi a été obligé de prendre des emplois complémentaires comme gardien de jardins et même comme balayeur dans une cité universitaire à Tokyo. Il a même persuadé le cuisinier de la cité universitaire de prendre des cours de karaté en échange d’une réduction de sa note de nourriture mensuelle. Il fut rapidement confronté à un état d'esprit pour lequel il n'était pas prêt : le Japon, alors avide de modernité, avait tourné le dos aux côtés traditionnels de ses propres arts martiaux, et les jeunes générations de pratiquants n'y voyaient plus que des activités à caractère sportif menant à la compétition. Il a du établir un enseignement plus conforme aux aspirations des jeunes japonais. Ces derniers ne voyaient qu' inutilité et perte de temps dans le respect des méthodes  d'entraînement venues d'Okinawa: concentration sur un seul kata, et application pratique des techniques avec interdiction de combat sportif. C'est ainsi qu' il a retenu parmi tous les katas d'Okinawa, du Shorin-Ryu et du Shorei-Ryu, 15 katas pour étalonner la progression de ses élèves : les 5 Heian, les 3 Tekki, Bassaï-daï, Kanku-daï ; Hangetsu, Enpi, Jiin, Jitte et Gankaku. Ce sont ces 15 katas décrits d'ailleurs dans son ouvrage Karate-dō Nyūmon paru en 1935, avec des noms japonisés pour les faire accepter plus facilement, alors que d'autres, présents dans son premier ouvrage de 1922, Ryūkyū kempō: Karate, ont été abandonnés (Kokan, Niseihi, Sanseru, Wankuwan).

Au bout de deux ou trois ans, le nombre d'élèves commence à augmenter, particulièrement dans le milieu étudiant. Il enseigne d'abord à un groupe de peintres du Tabata Popular Club, puis ensuite au Meisu Juku, un dortoir  pour étudiants d'Okinawa, situé à Tokyo qui comprenait une salle d'à peine 40 m². Ce n'est que plus tard qu' il partagera le dōjō de Hakudo Nakayama, un maître de Kendō.

Le 29 janvier 1936, Funakoshi inaugure son propre dōjō à Mejiro, ses élèves le nommeront Shōtōkan. Un an plus tard plus de trente dōjōs auront été ouverts dans différentes Universités et entreprises.

À partir de 1924, il enseignera dans plusieurs universités incluant Keiō, Tōkyō, Takushoku, Hitotsubashi, Waseda, Hosei, Chuō, Senshu et le Nippon Medical College. C'est une des périodes la plus heureuse de sa vie. C'est aussi à cette époque qu'il changera la signification du mot Tō-de "mains ou technique de Chine" pour Karate-dō "la voie des mains vides", le mot vide se referant au Zen japonais.

De son école sortiront de célèbres maîtres: Nakayama, Kase, Shirai, Ochi, Nishiyama, Kanazawa, Nagamine, Takagi , Yoshida, Obata, Noguchi et Otsuka. Dès le début des années 1930, de nombreux élèves se risquèrent malgré son interdiction, à confronter leurs techniques dans des assauts libres (jiyu kumite), bien plus motivants que les formes statiques tolérées (gohon, sanbon et ippon kumite), parfois avec des protections. Certains tel Otsuka , finirent par me quitter et aller leur propre route pour le Wadō-ryu. Son propre fils Yoshitaka, fut un élément décisif de l'évolution du style Shōtōkan à partir de 1938, date à laquelle il prit la direction technique du dōjō et introduisit des concepts et des techniques remontant à l'enseignement de Azato, et non plus à celui de Itosu auquel Funakoshi père se référais. Avec d'autres sempaïs comme Hironishi,  Egami  et Shimoda,Yoshitaka s'affranchit de nombre d'influences chinoises présentes dans le Shūri-te de Itosu pour enrichir le style Shōtōkan d'influences japonaises. Cela donna naissance, entre 1939 et 1945, date de son décès, à un style de karaté très différent du vieux Shōtōkan, dont on le distingue parfois sous le nom de Shōtōkan Ryū.

Ici débute une période très sombre pour Funakoshi, son fils meurt de la tuberculose, et le dōjō est complètement détruit lors d'un raid aérien Américain en 1945. Les meilleurs pratiquants sont dispersés dans les unités combattantes. Plusieurs civils d' Okinawa, dont son épouse qui voulaient rester sur l' île pour pour continuer à honorer les tombes et les autels des ancêtres, furent évacués vers le Japon par les troupes américaines. Deux ans après leur réunion, sa femme meurt à l'automne 1947. Ce décès l'a grandement affecté. Ce n'est qu'en 1948 que fut levé l'interdit imposé par les forces américaines d'occupation sur la pratique des arts martiaux. Funakoshi recommence à enseigner à Keio et à Waseda malgré son âge avancé (78 ans). Mais son temps était passé. Dès 1949, les derniers Sempai de Funakoshi créent la JKA sous la direction d' Obata Isao. Le nouveau Shotokan fut établi dans le quartier de Yotsuya, à Suidobashi, dans les locaux du vieux Kodokan. Funakoshi ne fut plus qu'une image de marque , un symbole, un vieil homme respecté, mais écarté sur le plan technique.

Mémorial Funakoshi

Gichin Funakoshi est décédé le 26 avril 1957, à l'âge de  88 ans.

Un grand mémorial public a été tenu à Ryogoku Kokugikan (Ryogoku National Sumo Hall), occupé par plus de 20 000 personnes, y compris beaucoup de célébrités venues témoigner leur respect.

Quelques jours avant sa mort il fabriquait encore de ses mains un makiwara, sur lequel il comptait s’entraîner. Il l’essaya devant deux ou trois de ses disciples. Fidèle à son habitude, il demeurait très droit, l’épaule dénudée et chaussé de getas, des sandales en bois à hauts talons. À chacune de ses frappes, le makiwara touchait le mur provoquant un sourd ébranlement dans tout le bâtiment. On raconte qu'il fit encore quelques mouvements de bras, sur son lit de mort; " C’est étrange, ce matin je sens réellement tsuki (le poing). Un poing, une vie... ! ". Quelques heures plus tard il perdit connaissance et mourut paisiblement. Shomen Funakoshi alla rejoindre sa femme, souhaitons le en un monde où le vent souffle doucement sur les aiguilles des branches de pin.

C’est en rappel de ce fait et pour lui rendre un dernier hommage que toutes les versions de son dernier ouvrage "Karatedō Kyōhan" comportent une annexe sur la fabrication du makiwara... Mais il est probable que Funakoshi aurait préféré l’un de ses derniers poèmes signé Shoto...

" Les pins bleus ondulent lentement sous la brise...
 La porte de la maison mène à l’autel des ancêtres...
Ils m’attendent désormais sur l’île...
Où le poing serré est symbole de la Paix..."

Voici la stèle dédiée à Maître Funakoshi, il a été érigé en 1968 dans le temple Zen Enkakuji situé à Kamakura. Ses cendres ont été ramenées à Okinawa.  La calligraphie de droite est du Maître, celle de gauche est d' Asahina Sogen, le prêtre du temple, et se lit ainsi;

"Karate ni sente nashi"

En, karaté l'initiative est sans avantage

 

LE SHOTOKAN

L'histoire officielle de Shotokan commence le 1 avril 1922 quand l'enseignant Funakoshi Gichin donnera son premier cours de karaté à " l'École Normale Supérieure pour hommes " de Tokyo dans le Tabata Popular Club, qui en réalité était un club social où les nouveaux intellectuels se réunissaient. Malgré l'intérêt pour cet art, cette classe sociale n'avait ni la capacité physique ni la discipline suffisante pour progresser de manière sérieuse. Funakoshi décida donc de donner ses cours dans un dortoir pour élèves dans le secteur Suidobata à Tokyo. C'est ici qu'a été établi son premier véritable club de karaté. En 1931, il est officiellement reconnu par la Dai Nippon Butotukai, organisation chargée de recenser et de fédérer les arts martiaux japonais. En 1936, le terme de karaté pour désigner ce nouvel art est choisi.

En 1924 on a demandé à Funakoshi d' enseigner à un petit groupe d'étudiants de Keio. Le Sensei a accepté l'invitation, avec l'appui de l'Université. Celui-ci a été le premier club universitaire de karaté à Tokyo et existe encore de nos jours. On a ensuite développé d'autres clubs universitaires de karaté, il en existe de nos jours plus de 300 liés à différentes écoles au Japon. Ces clubs ont été la colonne vertébrale du karaté japonais et ont eu une grande importance dans l'expansion de cet art martial dans le monde entier. À partir de cette carrière universitaire, Funakoshi a formé une prestigieuse avant-garde d'élèves comme Obata, Mykami, Matsumoto, Otake et Otsuka.

En 1927 ont commencé à apparaître des divergences autour du système d'enseignement, particulièrement avec le jyu-kumite (combat libre). Il a été nécessaire d'introduire de nombreuses innovations pour assurer le succès et la diffusion rapide du karaté. Sous la direction de Yoshitaka, son fils, il y a eu de grands changements entre les années 1930 et 1935, principalement au niveau du kumite. Il a d'abord développé gohon kumite, où l'attaquant effectue cinq attaques rapprochées en avancant et le défenseur les bloque en reculant avec une contre-attaque dans la dernière défense. En 1933, il a introduit le kihon ippon kumite (combat à une technique); et l'année suivante, le jyu ippon kumite, en terminant avec le jyu kumite.

Funakoshi au centre

À ce moment il a été décidé d'établir un Dojo Central dans la quartier  Meijuro à Tokyo. Un comité de soutien à l'échelon national a été formé pour établir un fonds pour la construction du premier Dôjô de karate du Japon. La construction du Shōtōkan  débute en 1935 pour s’achever l’année suivante. Le 29 janvier 1936 Gichin Funakoshi a personnellement inauguré le Dojo à Tokyo. Il remarqua tout de suite au-dessus de la porte un panneau ou il était écrit le nom du dojo tout neuf; Shōtōkan , le comité avait choisi le pseudonyme sous lequel Funakoshi écrivait des poèmes chinois dans sa jeunesse. À l’origine, Shotokan désigne le bâtiment et non le style, “Kan” désignant le lieu, le dojo et “Shoto” étant le nom de plume de Funakoshi (littéralement Shôtô désigne l’ondulation des pins sous le vent).

Bien qu’il ait passé soixante ans, il accepta le défi avec la détermination et l’entrain qu’on retrouve chez des hommes plus jeunes. Il commença à fixer les conditions d’obtention des grades, et les nouvelles règles pour l’enseignement. Il réalisa qu’il ne pouvait pas en même temps diriger, se charger de ses engagements présents, et compléter toutes les tâches qui allaient lui incomber compte tenu de l’expansion du karaté. Il décida de déléguer certains cours à ses élèves gradés.

Si Funakoshi a été choisi de préférence à Motobu Choki, un autre expert de karaté d' Okinawa, pour diffuser l’Okinawa-Te au Japon, c’est justement en raison de ses qualités intellectuelles et de sa culture. À l'époque, Funakoshi était président de la Okinawa Shobu Kai, l'association pour la promotion des arts martiaux d'Okinawa. Ce choix s’avéra judicieux puisqu’en 1922, Funakoshi, lors de sa première démonstration au Japon, ne s’est pas contenté de démontrer des techniques. Il a su également les expliquer et les commenter, à la grande satisfaction de son auditoire japonais.

Durant cette même année, Funakoshi a publié un nouveau livre, dans lequel il a inclus le développement que Yoshitaka avait apporté au style Shotokan-ryu. Le livre a été appelé Karate-do Kyohan. Il est clair que c'était un système de karaté japonais complètement nouveau. Gichin Funakoshi a utilisé un nouvel idéogramme pour écrire "kara". L'ancien idéogramme pouvait se lire comme "Tang", comme référence directe à la dynastie chinoise de ce même nom. Depuis le jour de la publication, l'ancienne dénomination: "Technique de mains chinoise", a été modifiée pour devenir: "La voie de la main vide", comme  on le connaît aujourd'hui.

1941 annonce le début d'une période sombre pour Funakoshi, le Japon entre en guerre, beaucoup des élèves plus anciens y sont allés et ne sont pas revenus; cette guerre stoppa les plans de Funakoshi. En 1945, il perdit par maladie son fils Yoshitaka, qui l’avait tant aidé et qui avait été un instrument utile dans le développement des cours donnés par son père. Pendant un bombardement à Tokyo, le Dōjō Shōtōkan fut détruit. De plus, quelques années plus tard en 1947, sa femme mourut. Le Général Mc Arthur, des Forces Armées Américaines, interdit alors l'entraînement de karaté-do et tous les autres arts martiaux japonais, et bien qu'un certain entraînement ait été fait en secret, le développement du karaté-do s'est arrêté.

Peu à peu les élèves de Gichin Funakoshi sont retournés à Tokyo. Ils se sont demandé comment on allait lever l'interdiction de pratiquer le karaté, et comment on effectuerait la reconstruction du Dojo. Nakayama Masatoshi, qui grâce à sa connaissance  de la culture chinoise a réussi convaincre le  Ministre de l'Éducation d'expliquer aux américains que le karaté do était en réalité un sport de boxe chinoise et qu'il ne devait pas être considéré comme un art martial japonais. Les bureaucrates ont été convaincu et ont levé l'interdiction du karaté do. De cette façon, le karaté a été le seul art martial qui pouvait être pratiqué après la guerre.

Le Shotokan qui avait été détruit par les bombardements américains en 1944-1945 est reconstruit après la guerre grâce à une immense chaîne de solidarité créée par les élèves de Funakoshi. C’est à cette époque que Funakoshi se détache de plus en plus de l’enseignement, supervisant les cours dans différents dojos. La J.K.A. (Japan Karate Association) voit le jour en 1949, fondée par Isao Obata, un des principaux disciples de Funakoshi. Gichin Funakoshi meurt le 26 avril 1957. Deux mois après, ont lieu les premiers championnats du Japon qui seront remportés par Hirokazu Kanazawa... L’évolution est alors inéluctable.

Depuis 1945, plusieurs tendances ont vu le jour. Certains ont voulu garder l'esprit de Gichin Funakoshi mais la plupart ont suivi les évolutions voulues par Yoshitaka Funakoshi. Aussi, aujourd'hui, on trouve plusieurs organisations mondiales et styles dérivés du Shotokan. Il serait trop long ici de tous les décrire. Je vous conseille de consulter l'excellent ouvrage de Kenji Tokitsu "Histoire du Karaté Do" qui les évoque tous. Voici les plus connus : La Japan Karate Association, fondée par Nakayama, premier groupe à introduire les compétitions en karaté. Le Shotokai, créé par maître Egami. Le Shotokan Karaté International, fondé par Maître Kanazawa et les clubs universitaires japonais.

Le Shōtōkan  de la Japan Karate Association (JKA)

Le Shōtōkan d'origine de Funakoshi Gishin éclata, avant même la mort de ce dernier en 1958, en plusieurs branches initiées par ses élèves de la première génération : Otsuka Hinori créa le Wado-Ryu, son fils, Funakoshi Yoshitaka créa le nouveau Shotokan (Shotokan Ryu), en partie repris par Nakayama. Egami créa le Shotokaï Ryu avec un style très fluide et des positions très basses, fortement influencé par l'enseignement de son ami Yoshitaka. Il crée de nouvelles techniques, de nouvelles formes d'entraînement, remet en cause certains fondamentaux du karaté comme le tsuki, et renonce à certains exercice tels que le travail au makiwara. Une de ses caractéristiques est l'aspiration à la réalisation du To-ate, c'est-à-dire la frappe à distance.  Oyama d’origine coréenne créera le Kyokushinkai... Ce dernier quittera le Shotokan car il jugeait que l’enseignement de Funakoshi n’était pas assez tourné vers l’efficacité en combat. Le général coréen Choi Hong I, également élève direct de Funakoshi, sera quant à lui à l’origine du Taekwondo.  Makoto Gima , quand à lui, conserva le style de Funakoshi dans son école karatedo Shiseikaï, tandis que Oshima Tsutomu, qui ne connut Funakoshi alors que celui-ci était déjà très âgé, enseigne un Shotokan qui se veut également toujours conforme à celui des origines. De fait, le Shotokan-Ryu tel qu'il est connu actuellement à travers le monde, n'a plus qu'un rapport assez lâche avec celui des années 1930, même s'il se réclame de son fondateur…

La fin de la seconde Guerre Mondiale, le décès de Yoshitaka, la destruction sous les bombes de l'ancien dojo Shotokan du quartier de Meijuro, la mort de nombreux Sempaï, avaient laissé le style de Funakoshi, qui s'était retiré de toute activité, aux mains d' Egami et de Hironishi. Avec d'autres anciens qui avaient survécu à la guerre, et qui enseignaient dans les universités Japonaises. Ces derniers constituèrent l'association Shotokaï. Le retour de Chine de Nakayama en 1946 changea une nouvelle fois la dynamique du Shotokan. Nakayama, un ancien de Takushoku où il avait débuté avec Funakoshi, avait séjourné en Chine depuis 1937 et avait de ce fait été à l'écart de l'évolution du style amorcé par Yoshitaka. Mis au courant des nouvelles techniques, Nakayama commença alors à introduire l'idée d'un karaté sportif, orienté vers la compétition, ce qui  lui  valut aussitôt l'hostilité des anciens. Il réussit cependant à créer en 1949 la Japan Karaté Association (JKA) avec l'aide de Nishiyama, Obata et Takagi. Gichin Funakoshi refusa d'y participer. En 1955 Nakayama en prit la direction et œuvra sans relâche à la notoriété de la JKA, dont les instructeurs, excellents techniciens et redoutables combattants, furent envoyés dans le monde entier pour répandre le style Shotokan dans sa nouvelle version.

Mais la lutte pour le pouvoir au sommet s'intensifia. Après qu'Egami se fut écarté du nouveau Shotokan pour créer le Shotokaï et que Nishiyama s'en fut allé en 1960 pour les USA, Nakayama concentra sans opposition tous les pouvoirs à la JKA. En 1964 , le dojo Shotokan quitta le quartier de Yotsuya pour investir les locaux de l'ancien Kōdōkan à Suidobashi. Même s'il n'est pas exact de représenter Nakayama comme le successeur de Funakoshi , il est juste d'inscrire à son actif une ferveur efficace en faveur du karate.

Cependant, d'incessants conflits d'autorités et de divergences quand au degré d'orientation sportive que l'on pouvait conserver dans le cadre de la pratique sous la direction de la JKA sans pour autant renoncer  à la notion de karaté do, minèrent l'édifice. Dès 1977, Kanazawa, prit ses distances et créa le Shotokan Karaté International (SKI). D'autres instructeurs le suivirent, répercutant la nouvelle scission dans tous les pays où la JKA avait pris pied. Au cours des années 1990 l'éclatement, et la désorganisation au niveau mondial, du style laissé par Funakoshi, furent consommés à coup de surenchères des fédérations et de clientélisme des experts les plus en vue. La volonté, aussi, d'un retour au sources authentiques du karaté, a fini par convaincre même les nouvelles générations d'experts de la JKA qu'il devenait urgent de revoir les fondements mêmes, techniques et éthiques, du Shōtōkan-Ryū hérité d'une époque où il pouvait se poser sans rival…

Dans les années soixante, les instructeurs de l'école Shotokan vont étendre le style dans le monde entier. En Europe, l'expert le plus réputé se nomme Taiji Kase et a été formé par Hironishi.

Aucune note. Soyez le premier à attribuer une note !