Budo - Kenji Tokitsu - Le Ki et le sens du combat - 1998 Copy

budo-kenji-tokitsu-le-ki-et-le-sens-du-combat-1998-copy.pdf budo-kenji-tokitsu-le-ki-et-le-sens-du-combat-1998-copy.pdf

 Le Ki et le sens du combat - 1998 Copy
COUTEAU est fait pour couper. De même, la technique des arts martiaux eut à l'origine pour fonction de dominer l'autre en le blessant ou le tuant. Quels que soient les objectifs ou les justifications apportés au cours du temps, la technique des arts martiaux est élaborée pour que des hommes combattent contre d'autres hommes.
Les activités de combat revêtent souvent dans notre société la forme de disciplines aux objectifs plus ou moins éducatifs ou utilitaires. Si la technique de combat était comparée à la lame d'un sabre, selon la place qu'occupe une discipline, cette lame serait alors couverte de différentes protections afin d'émousser la qualité du tranchant. Pour l'application militaire ou policière, elle n'a besoin d'être revêtue que d'une toile mince mais, pour l'activité sportive et l'éducation physique, les lames sont soigneusement insérées dans des fourreaux, parfois décorés du drapeau national ou de couleurs correspondant aux valeurs sociales.
A l'heure actuelle, le rapport entre la lame et sa protection pose des problèmes. N'importe qui peut en effet apprendre la technique de combat dans toutes sortes de disciplines.
Nous la trouvons dans des bagarres de rue et des agressions urbaines d'ordres divers. Elle occupe une place certaine dans les phénomènes contemporains de violence. Certains entraîneurs sportifs appliquent la discipline de combat à l'éducation et obtiennent des résultats positifs. Ils ont réussi à canaliser la violence des jeunes dans une discipline et, pour cela, la jugent éducative. Les municipalités approuvent naturellement. Cependant, ce qui limite l'usage incivil ou criminel de la technique de combat, l'équivalent du fourreau, me semble être bien fragile s'il est confié uniquement au sens de responsabilité de chacun. Un individu qui sait employer des techniques dangereuses est en même temps un être moral. L'équilibre est obtenu par une juxtaposition de techniques dangereuses et de sens moral. Nous sommes tous pris dans des réseaux de pressions différentes et certaines personnes ou certains groupes ont des raisons de laisser exploser violence et agressivité. Dans quelle mesure pouvons-nous faire confiance à la morale individuelle des hommes contemporains ?
La société accepte des activités qui enseignent et élaborent des techniques destinées à vaincre les autres, des techniques pour tuer. Comment le justifier dans le cadre de l'éducation physique ? Cette réalité est masquée par la forme du sport, l'alibi du défoulement. “ On se sent bien en s'exerçant au combat, c'est bon pour la santé... ” L'application de ces techniques est placée sous la responsabilité individuelle. En Occident, la technique de combat a le statut d'une technique, donc d'un moyen. Par conséquent, elle n'inclut pas de morale, celle-ci s'y ajoute.
La particularité du budô japonais, que l'on pourrait sans doute retrouver dans d'autres traditions, est d'inclure une signification morale dans la qualité technique.
En somme, pour un effet assuré, la morale ou l'éthique des arts martiaux doit découler directement du corps et de la pratique technique. I1 ne s'agit pas d'une superposition forcée d'éléments hétérogènes.
 
la suite en fichier joints

Aucune note. Soyez le premier à attribuer une note !