thé au Japon

La cérémonie du thé

 

Il semble que la cérémonie du thé au Japon ait d’abord été un dada des moines bouddhistes zen. Cette cérémonie appelée Chanoyu consistait à préparer le thé vert, produit alors à partir d’une poudre verte (matcha), laquelle était fort précieuse puisqu’elle servait également à des fins curatives. Les moines faisaient de ce moment particulier une sorte de rituel qui incitait au calme et à la méditation. Ce rite aboutit finalement à la cour de l’empereur où il fut raffiné à l’excès par un Maître du thé. La cérémonie atteignit dès lors des sommets de perfection et devint une tradition incontournable au cœur des coutumes japonaises.

Selon un ordre prescrit et rigoureux, le Maître du thé doit procéder à la préparation de la pièce destinée à recevoir les hôtes. Il purifiera à l’aide de linges de soie le service qui contiendra le thé, chauffera l’eau à une température précise, versera l’eau sur la mixture et fera naître dans chaque bol, avec un fouet de bambou, une mousse délicate à la surface du thé et présentera une part égale du breuvage à chacun des invités avec respect et humilité. L’invité devra s’acquitter de sa tâche en buvant le thé avec humilité et respect à son tour et rendre le bol dans la même position qu’on lui aura remit. Il semble même que, selon certaines écoles, l’invité doive, à la dernière gorgée, incliner la tête vers l'arrière et exécuter une sorte de plainte gutturale pour manifester son appréciation de la dégustation. Souvent, à la fin de la cérémonie, le Maître du thé présente les instruments qu’il a utilisé pour préparer le rituel et indique, par la même l’occasion, le nom des artisans qui les ont fabriqués. La cérémonie du thé se déroule normalement dans une modeste maisonnette (cha-shitu) et elle peut se prolonger de 45 minutes jusqu’à plusieurs heures.

Il est important de bien comprendre que si la cérémonie du thé varie en raison de plusieurs facteurs dans sa célébration (situation géographique du pavillon de thé, nombre d’invités, l’école de laquelle se revendique le maître de thé, etc.), son caractère spirituel, en revanche, reste immuable. Lors de la cérémonie du thé, on célèbre l’harmonie, le respect, la pureté et la tranquillité d’esprit. Une expérience mystique donc, qui vaut largement quelques sessions de massage...

Le thé fut importé de Chine au Japon en même temps que le Boudhisme, c'est à dire à partir du 8e siècle: les moines pratiquants avaient en effet l'habitude de boire du thé afin de se tenir éveillés pendant leurs longues heures de méditation. C'est au 12e siècle avec Eisai (1141-1215), fondateur du boudhisme Zen, que fut adopté le thé vert en poudre ("macha") et reconnues ses vertues sur la santé. Dans les monastères Zen, on prit aussi l'habitude de servir du thé aux visiteurs importants, et, du fait de leurs contacts priviligiés avec ces monastères, la coûtume fut rapidement adoptée par la noblesse. C'est à cette époque que le japon commença a cultiver son propre thé, notament à Uji dans la région de Kyoto. Les réunions de thé, prétextes à diverses festivités, devinrent très populaires chez les Samurais.

A partir de la fin du 15e siècle et tout au long du 16e siècle, la préparation et la dégustation du thé prirent progressivement la forme d'un véritable rituel. La Cérémonie du Thé, telle qu'elle est encore aujourd'hui pratiquée, s'est développée grâce à trois hommes, ayant été successivement moines au temple Zen de Daitako-ji à Kyoto.

C'est tout d'abord le moine MURATA Shuko (1422-1503) qui émit l'idée que, selon la philosophie Zen, un acte quotidien comme la préparation et la dégustation du thé pouvait être pratiqué comme un véritable exercice de méditation. De MURATA Shuko date donc en quelque sorte la dimension spirituelle de la préparation du thé. Parallèlement, l'importance donnée jusque là aux ustensiles (notament ceux d'origine chinoise ayant un grande valeur) diminua, et l'idée que des objects en apparence ordinaires puissent aussi être beaux commença à se développer. De MURATA Shuko date également l'idée du pavillon de thé, de style Sho-in, dont la petite taille doit favoriser la communication entre les participants unis autour d'un thé et comptemplant une oeuvre d'Art.

C'est ensuite avec TAKENO Joo (1504-1555) que la cérémonie du thé se propagea parmi la classe des marchands. Lui même descendant d'une riche famille de marchands de la région de Sakai, TAKENO Joo détestait l'ostentatoire et contribua aussi à simplifier la pièce dans laquelle se déroulait la cérémonie du thé. Les ustensiles d'origine chinoise commencèrent à être remplacés par des poteries japonaises d'un style beaucoup plus simple et ordinaire. TAKENO Joo conçu également un petit meuble servant à ranger les ustensiles, appelé Joo-dana, et qui est resté jusqu'à aujourd'hui un objet important.

Mais c'est surtout avec son disciple, le moine SEN Rikyu (1522-1591), que la préparation et la dégustation du thé se développa en un véritable rituel, codifé dans ses moindres détails et suivant des règles bien définies. SEN Rikyu s'attacha également à une esthétique du simple et du sobre, dite "wabi", idéal qu'il réalisa vers la fin de sa vie dans un petit pavillon de thé au toit de chaume. Poursuivant l'idée de TAKENO Joo, Rikyu choisit un potier d'origine Koréenne nommé Chojiro pour la fabrication des bols à thé, aujourd'hui perpétré sous le nom de Raku. C'est aussi Rikyu qui développa une véritable philosophie de vie centrée autour du thé: la voie du thé, dont la cérémonie est en quelques sortes le point de départ. Rikyu eut enfin un rôle politique, ayant successivement servi et influencé les shoguns Nobunaga puis Hideyoshi, l'homme qui pour la première fois unifia le Japon. Et c'est de Hideyoshi que, tombé en disgrace, Rikyu reçut l'ordre de se suicider.

Après la mort de Rikyu, son fils Schoan et surtout son petit fils Sotan s'attachèrent à réétablir la famille et ses possessions, et à maintenir la tradition du thé wabi. C'est avec trois des fils de Sotan que se sont développées les trois grandes écoles de la Cérémonie du thé: Urasenke, Omotesenke et Mushanokojisenke. Ces trois écoles suivent encore aujourd'hui la voie du thé telle qu'elle a été définie par SEN Rikyu. Urasenke est aujourd'hui la plus importante, ayant une dimension internationale et des représentations dans de nombreux pays, dont la France.

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